Les Veilleurs de Sangomar

Fatou Diome

Face à l'île de Niodior, au large du Sénégal, se trouve l'îlot inhabité de Sangomar où, selon la tradition animiste, se regroupent les Veilleurs – les djinns, les esprits des ancêtres et ceux qui viennent de trépasser. Ceux-ci font entendre leurs voix à l'intention des survivants. Coumba, une très jeune femme, assignée à résidence dans sa belle-famille jusqu'à la cérémonie de fin du deuil, pleure celui qui fut son seul amour et le père de sa petite fille Fadikiine. Bouba a trouvé la mort, ainsi que deux mille autres passagers, dans le naufrage du ferry Joola qui assurait la liaison entre Dakar et la Casamance. Pour la veuve, Bouba a rejoint ce royaume des ombres et l'invite à le rejoindre. La jeune femme, qui a perdu le sommeil et l'appétit, et qui guette ces voix dont les modulations harmonieuses apaisent sa nuit, est-elle, comme le pense sa mère Yaliyâm, au bord de la folie ? Avec ce roman envoûtant, Fatou Diome rend hommage aux victimes du Joola, qui sombra en 2002. Lire la suite

336 pages | Couverture brochée en couleurs | Format: 140x205

;Face à l'île de Niodior, au large du Sénégal, se trouve l'îlot inhabité de Sangomar. Coumba, une très jeune femme, assignée à résidence dans sa belle-famille jusqu'à la cérémonie de fin du deuil, pleure celui qui fut son seul amour et le père de sa petite fille Fadikiine. Bouba a trouvé la mort, ainsi que deux mille autres passagers, dans le naufrage du ferry Joola qui assurait la liaison entre Dakar et la Casamance. Pour la veuve, Bouba a rejoint ce royaume des ombres et l'invite à le rejoindre. La jeune femme, qui a perdu le sommeil et l'appétit, est-elle, comme le pense sa mère, au bord de la folie ? Avec ce roman envoûtant, Fatou Diome rend hommage aux victimes du Joola, qui sombra en 2002.

Extrait

« Coumba ne dormait presque plus depuis qu'elle avait appris par la radio que le Joola avait sombré et, avec lui, ce qu'elle avait de plus cher au monde : son ami d'enfance, son confident, Bouba son tendre époux. Elle était alors à Dakar, avec leur fille de cinq mois, dans leur minuscule studio de jeunes mariés désargentés. L'hivernage comptait ses derniers jours, incubait les futures récoltes dans sa moiteur, mais ce fut l'annonce de la mauvaise nouvelle qui suffoqua le pays. Coumba et la famille de son mari avaient patienté une longue journée avant d'admettre le pire. Il fallait partir, dès le lendemain, quitter ce lieu où le malheur était venu les frapper. Partir ! Parce que la vie elle-même les harcelait, les mettait à l'étroit dans l'angoisse. Ils veillèrent tard et ne se couchèrent que pour trouver ensuite la force de tenir debout. De l'eau ! Au lever, ils n'avalèrent que de l'eau, parce qu'ils n'avaient plus de larmes. De l'air ! Il leur fallait de l'air, prendre le large pour ménager leurs poumons comprimés par la douleur. Las, ils partirent, chassés par le glas. »

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